Vingt-cinq ans après sa sortie, Sixième Sens continue de fasciner et de diviser. Deux questions reviennent inlassablement : Malcolm Crowe était-il vraiment mort dès les premières minutes, et Cole Sear le savait-il ?

La réponse à la première est sans ambiguïté. Oui, Malcolm est mort depuis le début. Dans la scène d’ouverture, Vincent Grey, un ancien patient en détresse, fait irruption chez le psychologue, lui tire dessus et se suicide. Contrairement à ce que le spectateur croit instinctivement – Bruce Willis ne meurt pas si facilement –, Malcolm ne survit pas. Tout ce qui suit n’est que le parcours d’un fantôme qui ignore totalement son état. Il croit poursuivre sa vie, soigner un nouvel enfant, tenter de réparer son mariage. En réalité, il ne fait que régler ses affaires inachevées.

Les indices sont nombreux : personne ne lui parle vraiment, sa femme ne dresse qu’un seul couvert, il ne parvient jamais à ouvrir la porte de sa cave. Quand, à la fin, son alliance tombe de la main d’Anna endormie, la vérité le frappe de plein fouet.

La deuxième question, en revanche, reste ouverte. Cole savait-il que Malcolm était un fantôme ? C’est probablement le débat le plus tenace autour du film.

Ceux qui répondent « oui » avancent plusieurs arguments. Cole regarde souvent le ventre de Malcolm, là où se trouve la blessure mortelle que les morts affichent. Dès leur première rencontre, le garçon a peur et se réfugie dans l’église. Surtout, sa mère n’a jamais engagé de psychologue : Malcolm apparaît simplement. Un enfant qui voit les morts depuis des années ne peut guère ignorer la nature de cet homme qui surgit sans prévenir.

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Les partisans du « non » soulignent que Cole n’a jamais montré envers Malcolm la terreur qu’il manifeste face aux autres esprits. Il finit par lui faire confiance, lui parler, le considérer comme un allié. S’il avait su, aurait-il vraiment confié son secret à un fantôme ?

Le producteur Roger Birnbaum a résumé l’ambiguïté avec une formule devenue célèbre : « Non… ou oui. » M. Night Shyamalan, lui, n’a jamais tranché. Et c’est peut-être volontaire. Le film laisse cette zone d’ombre, comme pour rappeler que même ceux qui voient les morts ne comprennent pas tout.

Ces deux questions, l’une résolue, l’autre ouverte, expliquent en grande partie la longévité de Sixième Sens. Le twist n’est pas seulement un effet de surprise : il transforme le regard que l’on porte sur chaque scène.