La zaghrouta : ce cri de joie qui traverse les cultures
La zaghrouta, parfois appelée « youyou » en français ou « ululation » en anglais, est une expression vocale traditionnelle emblématique des cultures du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Il s’agit d’un son aigu, trillant et prolongé, produit par les femmes (principalement) en faisant vibrer rapidement la langue contre le palais tout en émettant une voix haute et puissante. Ce cri, qui dure quelques secondes, exprime la joie intense, l’hommage ou l’excitation. On le reconnaît à son effet de « roulis » sonore, souvent accompagné d’une main placée près de la bouche pour amplifier le volume.
Ses origines remontent à l’ère pré-islamique. Dans les sociétés arabes anciennes, les femmes l’utilisaient lors de rituels pour demander la pluie, célébrer une victoire ou honorer les idoles. Aujourd’hui encore, la zaghrouta ponctue les grands moments de la vie : mariages, naissances, fêtes de fin d’année (Eid), remises de diplômes ou même funérailles pour rendre hommage au défunt. Elle symbolise la célébration collective, le bonheur partagé et, selon certaines croyances, elle éloigne le mauvais œil.
Les Zaghrouta lors d’évènements
Mais la zaghrouta ne reste plus confinée aux cercles familiaux ou aux pays arabes. Grâce à la mondialisation et aux artistes d’origine libanaise, marocaine ou égyptienne, elle fait irruption sur les scènes internationales. En 2020, lors du spectacle de mi-temps du Super Bowl, Shakira (moitié libanaise) a exécuté une zaghrouta mémorable avec un mouvement de langue caractéristique devant des millions de téléspectateurs, rendant hommage à ses racines moyen-orientales.

Plus récemment, en avril 2026, le festival Coachella a remis la zaghrouta sous les projecteurs. Pendant le set de Sabrina Carpenter, une fan a lancé un cri de célébration typique. La chanteuse, surprise, l’a d’abord confondu avec un yodel et l’a qualifié de « bizarre ». L’incident a fait le buzz mondial, provoquant un débat sur le respect des cultures. Carpenter s’est excusée publiquement : « Maintenant je sais ce qu’est une zaghrouta ! » L’épisode a permis à des millions de personnes de découvrir cette tradition joyeuse.
Ainsi, la zaghrouta n’est plus seulement un cri intime du monde arabe. Elle devient un langage universel de fête, capable de résonner du désert marocain jusqu’aux stades américains ou aux scènes californiennes. Dans un monde de plus en plus connecté, elle rappelle que la joie n’a pas d’accent unique : elle vibre, elle trille et elle unit.


